Oxford, Royaume-Uni – Le St Antony’s College de l’Université d’Oxford est accusé de favoriser un « environnement hostile » pour les étudiants juifs et israéliens, avec des inquiétudes soulevées concernant des propos antisémites et un discours unilatéral sur les affaires du Moyen-Orient.
Des étudiants actuels et anciens ont témoigné d’incidents qui, selon eux, contribuent à une atmosphère « toxique ». L’un des cas les plus alarmants concerne une remarque supposément faite par un étudiant : « Oh, je ne savais pas que nous laissions entrer des Juifs à St Antony’s. »
Par ailleurs, le Middle East Centre de St Antony’s – le principal centre de recherche d’Oxford sur le Moyen-Orient moderne – est accusé d’accueillir fréquemment des conférenciers véhiculant des théories conspirationnistes anti-israéliennes. Certains étudiants affirment que les discussions organisées dans ce centre dépeignent systématiquement Israël sous un jour négatif, sans possibilité de débat équilibré.
Allégations de partialité et d’exclusion
Les étudiants juifs accusent également le professeur Eugene Rogan, directeur du Middle East Centre, d’avoir ignoré leurs préoccupations. Certains vont jusqu’à déconseiller aux futurs étudiants juifs de postuler à St Antony’s, craignant un environnement peu accueillant.
Un représentant de l’Oxford Israel Society a déclaré :
« St Antony’s College a une réputation de longue date d’être un environnement hostile aux étudiants et au personnel qui soutiennent l’existence d’Israël. Son enseignement systématiquement biaisé et son soutien implicite à l’extrémisme ont contribué à une atmosphère d’intolérance. »
Un autre point de friction est l’organisation des conférences du Middle East Centre le vendredi soir, ce qui empêche les étudiants juifs pratiquants d’y assister en raison du Shabbat.
Liberté d’expression ou antisémitisme ?
Cette polémique s’inscrit dans un contexte plus large de préoccupations croissantes concernant l’antisémitisme dans les universités britanniques. Le mois dernier, Lord Hague, chancelier d’Oxford, a rappelé lors de son discours inaugural que la liberté d’expression ne devait pas être utilisée comme une « excuse pour l’antisémitisme ou toute autre forme de haine religieuse ou ethnique ».
Le Telegraph s’est procuré un dossier remis au professeur Rogan l’été dernier, détaillant des accusations de rhétorique anti-israélienne de la part de conférenciers invités. Certains d’entre eux auraient partagé des publications sur les réseaux sociaux minimisant les attaques du 7 octobre en les qualifiant de « canular sur un viol de masse ». D’autres auraient diffusé de fausses vidéos de Gaza, signalées comme trompeuses par la plateforme X (ex-Twitter).
Un étudiant israélien ayant assisté à une conférence du Middle East Centre a décrit un climat oppressant :
« En tant qu’étudiant juif, je n’oserais jamais poser une question qui remet en cause le discours dominant. L’atmosphère est tellement hostile. Même lorsque des conférenciers israéliens de la gauche radicale sont invités, ils sont violemment critiqués par le public. »
Un malaise grandissant chez les étudiants.
Les étudiants juifs affirment également avoir été confrontés à des théories du complot de la part de leurs camarades, notamment des propos suggérant que les Juifs « contrôlent le monde » et qu’Israël ne devrait pas exister.
Une accusation particulièrement marquante concerne la présence supposée d’un grand portrait de Leila Khaled – une militante palestinienne et ancienne pirate de l’air – dans le bureau du professeur Rogan. Les étudiants estiment qu’un tel affichage alimente un climat de peur et d’exclusion pour les Israéliens.
Certains anciens étudiants expliquent que l’atmosphère de St Antony’s les a poussés à limiter leur présence sur le campus. L’un d’eux témoigne :
« J’ai compris que cette communauté ne m’accepterait pas en tant que Juif ou Israélien, peu importe mes opinions personnelles. J’ai donc passé le moins de temps possible à St Antony’s. »
Appel à des réformes
L’Institut pour l’étude de l’antisémitisme mondial et des politiques (Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy – ISGAP) appelle à une révision des programmes académiques des départements d’études moyen-orientales et islamiques à Oxford, afin d’assurer un enseignement plus équilibré. L’organisation demande également des règles plus strictes pour encadrer l’implication politique des enseignants.
Charles Asher Small, président de l’ISGAP et ancien étudiant de St Antony’s, accuse le collège de jouer un rôle clé dans la légitimation de la diabolisation d’Israël et de l’identité juive au sein du monde académique.
Réaction du collège
En réponse à ces accusations, St Antony’s College a publié un communiqué exprimant son inquiétude face aux témoignages d’exclusion :
« Nous rejetons l’antisémitisme et toutes les formes de haine. Nous sommes pleinement engagés envers tous nos étudiants, de toutes origines religieuses, culturelles et nationales, et nous souhaitons assurer leur inclusion complète dans la vie du collège. »
Le professeur Rogan a également défendu la diversité des conférenciers invités par le Middle East Centre, affirmant qu’un large éventail d’opinions israéliennes avait été représenté ces dernières années.
« Mes collègues et moi prenons très au sérieux le bien-être de nos étudiants et de notre communauté. Je suis attristé de voir que certains puissent avoir eu les sentiments ou expériences décrits dans cet article. »
Alors que les préoccupations concernant l’antisémitisme sur les campus continuent de croître, l’attention se tourne vers la direction d’Oxford pour voir comment elle répondra à ces allégations et si des mesures seront prises pour favoriser un environnement académique plus inclusif.
Source : https://www.telegraph.co.uk/news/2025/03/03/oxford-st-antonys-accused-hostile-environment-jewish/