La formation doctorale en Afrique est confrontée à de nombreux défis, empêchant les universités de former suffisamment d’experts capables de contribuer de manière significative à la recherche, à l’innovation, ainsi qu’à la croissance économique et scientifique. C’est ce que révèlent quatre universitaires nigérians qui ont étudié les difficultés rencontrées par les doctorants sur le continent.
Dans leur étude, intitulée « Exploring perspectives: A scoping review of the challenges facing doctoral training in Africa » et publiée le 6 septembre 2024 dans la revue Higher Education de Springer, les chercheurs rapportent des retards dans les études, des durées de formation plus longues et des taux d’abandon élevés dans de nombreuses universités africaines.
« La faiblesse des capacités de formation à la recherche et la faible productivité sont des obstacles majeurs qui freinent l’achèvement des doctorats et limitent les contributions des doctorants africains à la production académique », explique le Dr Oluwatomilayo Omoya, enseignante en sciences de la santé à l’Université Flinders en Australie, accompagnée du Dr Olumide Odeyemi, chercheur à l’Université de Tasmanie, en Australie.
Les autres chercheurs participant à l’étude sont le Dr Udeme Samuel Jacob, maître de conférences en éducation spécialisée, et Omowale Odeyemi, enseignant en sciences de la santé, tous deux de l’Université d’Ibadan au Nigeria.
Pour parvenir à ces conclusions, l’équipe a analysé 51 études récentes portant sur les perspectives des doctorants inscrits ou en phase de finalisation dans les universités africaines. L’étude s’est principalement penchée sur cinq aspects : les caractéristiques sociales et démographiques des étudiants, le financement, les ressources disponibles, la formation, les expériences de supervision et les stratégies d’adaptation.
Un autofinancement nécessaire pour les doctorants
Les chercheurs ont constaté que les contraintes financières et la faible durabilité des programmes à moyen et long terme freinent la formation doctorale. Dans la plupart des cas, les doctorants africains doivent contribuer eux-mêmes à leurs études ou chercher des bourses et financements externes.
L’analyse des profils des doctorants africains révèle qu’ils ont en moyenne 45 ans, sauf en Afrique du Sud, où une proportion plus importante de doctorants de moins de 30 ans est observée parmi les blancs, comparée aux étudiants noirs. Cette différence est souvent attribuée à des facteurs économiques.
Les chercheurs insistent ainsi sur la nécessité de mesures de soutien pour les doctorants africains, qui sont souvent plus âgés et doivent concilier leurs études avec des responsabilités familiales et professionnelles.
Efforts pour accroître le nombre de doctorats
Pour renforcer les capacités scientifiques et technologiques en Afrique subsaharienne, l’initiative de la Banque mondiale Partnership for Skills in Applied Sciences, Engineering, and Technology (PASET) a permis, au cours des 10 dernières années, de former 10 000 doctorants dans les domaines des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM).
De plus, 23 universités publiques en Afrique subsaharienne, membres de l’African Research Universities Alliance (ARUA), se sont associées à la Fondation Mastercard pour former 1 000 doctorants chaque année.
Les multiples obstacles pour les doctorants
Les doctorants en Afrique rencontrent de nombreuses difficultés, telles que des infrastructures inadéquates, un manque de ressources et une supervision insuffisante, comme le rapportent plusieurs chercheurs dans divers pays africains. Ces problèmes rendent difficile l’achèvement des études dans les délais requis.
Des obstacles supplémentaires pour les femmes
L’étude souligne également les normes socioculturelles qui influencent l’expérience des doctorantes, notamment en Afrique. Bien que les inscriptions de femmes en doctorat soient en augmentation, leur taux d’abandon reste plus élevé que celui des hommes, en raison de nombreux obstacles socio-culturels et institutionnels.
Conclusion : Nécessité de réformer les programmes doctoraux
Malgré une demande croissante pour la formation de titulaires de doctorat en Afrique, plusieurs défis structurels, financiers et de supervision demeurent. Ces questions doivent être traitées pour garantir la formation de diplômés hautement qualifiés capables de contribuer efficacement au développement du continent.
Source: UniversityWorldNews